Vidéosurveillance : Histoire de la caméra de surveillance


A qui doit-on l’invention de la caméra de surveillance, cet outil qui s’est très vite imposé en tant que principal garant de notre sécurité et ce pour énormément de foyers ? En fait, le premier système de vidéosurveillance a été l’œuvre de Walter Bruch, un ingénieur allemand. Depuis, les procédés de vidéosurveillance (ou vidéoprotection, terme officiel pour l’état en France) et plus particulièrement la technologie utilisée par les caméras de surveillance, ont  connu des améliorations impressionnantes. Les déclinaisons actuelles des caméras de vidéosurveillance n’en finissent pas d’évoluer. Les perspectives de perfectionnement constant de ces dispositifs demeurent encore bien larges ainsi que leurs domaines d’application.

Les origines de la caméra de surveillance

Elle a été inventé en 1942, alors que la seconde Guerre Mondiale battait son plein. Comme bien souvent, la caméra de surveillance, ainsi que beaucoup d’autres inventions d’ailleurs, ont vu le jour principalement pour un usage à des fins militaires. C’est un ingénieur dénommé Walter Bruch qui en fut l’inventeur alors même qu’il travaillait pour Siemens AG. Bien plus tard, cette même personne révolutionnera la télé et deviendra célèbre pour son invention du système de télévision en couleur PAL  à la fin des années 1960, permettant ainsi le passage du noir et blanc à la couleur.

Pour rappel, la caméra de surveillance de l’époque avait pour objectif de surveiller le site de lancement des fusées V-2 utilisées alors par l’armée Allemande contre les alliés. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands avaient utilisé ce système pour observer et coordonner le lancement de leurs missiles.

Ce premier modèle fonctionnait en CCTV (Closed-Circuit Télévision), c’est-à-dire que seul le moniteur qui lui était directement relié avait accès aux images et permettait seulement de voir en direct les images filmées par la caméra sans aucune possibilité d’enregistrement.

L’évolution de la caméra de surveillance jusqu’à nos jours

Passant des applications militaires à l’usage domestique du civil, l’utilisation de la caméra de vidéosurveillance a lentement évolué pour devenir ce qu’elle est de nos jours. Pour la rendre accessible et pratique, on distinguera ainsi 7 grandes progressions marquantes.

Caméra avec moniteur sans enregistrement

Dès 1949, le grand public se familiarise avec la caméra de surveillance grâce au roman écrit par l’écrivain anglais George Orwell intitulé « 1984 ».  Il s’agit d’un roman d’anticipation qui décrit une société totalement sous le contrôle d’un personnage surnommé Big Brother incarnant l’Etat et capable d’espionner le comportement de toute une population grâce à un immense parc de caméras dispersées partout dans la ville..

Fort d’une certaine méfiance du public, les modèles qui commencé à être commercialisés à la même époque étaient pourvus de moniteur. Cependant  sans aucune faculté d’enregistrement leurs chances de succès étaient compromises.

Caméra avec enregistrement sur bande magnétique

En 1951, les VTR (Video Tape Recorder) ont vu le jour. A ce moment-là, les images des caméras de surveillance pouvaient être enregistrées sur des bandes magnétiques et des cassettes. Dès 1956, ces caméras de surveillance furent donc largement commercialisées. Elles n’étaient cependant pas encore pratiques car la bande magnétique avait une durée d’enregistrement limitée d’une heure et demie. Il fallait donc remplacer les bandes à chaque fois et accumuler les cassettes ou alors écraser les anciennes images.

C’est ainsi qu’en 1960, la première utilisation provisoire de caméra de surveillance à usage officiel a été faite à Trafalgar square afin de sécuriser un déplacement de sa majesté la Reine d’Angleterre.

Caméra de surveillance et magnétoscope

En 1962, Marie Van Brittan Brown dépose le brevet de ce qui est l’ancêtre de la caméra de surveillance domestique. Sans être rotatif, Ce dispositif avait la faculté d’être dirigé vers 4 points d’observation. L’évolution de la vidéo et des cassettes aidant et surtout grâce aux séries policières qui ont contribué à les rendre populaires, les caméras de surveillance ont donc pu atteindre un public plus large et à intéresser notamment les commerces de rues, les banques et autres professionnels désireux d’assurer une meilleure sécurité.

Ainsi plusieurs villes ont commencé à adopter le concept de vidéosurveillance et à surveiller donc les rues afin de lutter contre la délinquance et la criminalité.

Caméra de surveillance CCD

Le capteur CCD est une mémoire électronique qui peut être chargée par la lumière. Il exploite l’effet photoélectrique en transformant l’énergie des photons incidents en énergie électrique. Il est composé de colonnes de condensateurs parallèles et très proches les unes des autres.

Ce système a été créé en 1969 par Williard Boyle et George Smith qui, un an plus tard, développent la première caméra intégrant le CCD et commercialisée en 1973. Plus d’une décennie plus tard, en 1986, Kodak invente le premier capteur de caméra pouvant prendre en charge plus de 1,4 million de pixels. Cette avancée significative ouvre des perspectives sans limite pour ce qui est du développement de la caméra de surveillance.

Caméra IP et NVR

En 1992, les caméras d’intérieur pour la surveillance des bébés voient le jour. Les capteurs CCD ont permis l’enregistrement des images même lorsque la lumière était faible. Cependant, la percée technologique révolutionnaire fut certainement l’invention des caméras IP (Internet Protocol), celles que l’on utilise aujourd’hui même.

La société Axis Communication est l’auteur de ce bond en avant. Il s’agit d’une caméra capable de communiquer avec d’autres appareils, principalement l’ordinateur, grâce au réseau internet. Contrairement à la caméra CCTV, celle-ci opère donc en réseau ouvert, accessible à tous soit par Ethernet, soit plus récemment par le wifi. La première caméra IP est née en 1996 et s’appelait Neteye 200.

Deux années plus tard, le NVR (Network Video Recorder) est créé. Il s’agit d’un dispositif permettant de collecter les images de plusieurs caméras de surveillance et de les stocker en passant par un réseau.

Le DVR

Malgré l’avènement de la caméra IP, la majorité des utilisateurs de caméras de surveillance se servaient encore de modèle CCTV. En disposant de plusieurs caméras de surveillance à la fois, ils posaient la problématique légitime à la fois de l’aspect pratique et de la difficulté de sauvegarder les images.

Créé en 1999, le DVR (Digital Video Recorder) a été la réponse idéale à cette situation. En effet, il permet de recueillir les images de la caméra de surveillance, de les encoder et de les sauvegarder. Le DVR a permis de faciliter encore plus l’usage des caméras CCTV, notamment au niveau professionnel. Ce type de caméra était la référence jusqu’à ce que la technologie IP soit suffisamment accessible au grand public.

La caméra intelligente

La dernière décennie a vu la supériorité des caméras connectées dites « intelligentes ». Désormais, la caméra de surveillance s’impose dans le paysage de la domotique puisqu’elle est de plus en plus pourvue de fonctions intelligentes telles que la détection de mouvement, la reconnaissance faciale,  les alertes et applications mobiles, la résolution et vision nocturne, les angles de vue, l’inclinaison et la rotation, les méthodes de stockage, l’audio bidirectionnel etc.

Plusieurs fonctions sont de plus en plus développées : aujourd’hui, elles sont entièrement rotatives ou ont une vision à 360°, elles sont étanches et peuvent tout aussi bien devenir invisibles comme les mini-caméras de surveillance.

Les caméras d’aujourd’hui communiquent avec tous les autres appareils de la maison et surtout, avec votre téléphone qui lui aussi est intelligent et devient smartphone. Vous pouvez, dès lors, voir ce qui se passe chez vous indépendamment de l’endroit où vous vous trouvez. De nos jours, les caméras de surveillance sont aussi compatibles avec le cloud, c’est-à-dire que les images enregistrées n’ont plus besoin d’un support physique pour le stockage ; le stockage virtuel étant amplement suffisant.

La démocratisation de la caméra de surveillance

Au tout début, la caméra de surveillance a été inventée à des fins militaires en Allemagne. A partir de ce point de départ et jusqu’à nos jours, l’évolution et la démocratisation de celle-ci et donc de la vidéosurveillance sont assez remarquables.

Quelques chiffres sur l’utilisation actuelle de la caméra de surveillance

Depuis sa création, l’usage de la caméra de surveillance n’a cessé de se généraliser. Aujourd’hui, les chiffres sont exponentiels :

  • L’industrie de la vidéosurveillance pèse 36,89 milliards de dollars et augmentera jusqu’à 68,39 milliards de dollars d’ici 5 ans (selon le magazine Les Echos) ;
  • La Chine est le pays le plus surveillé au monde. En Europe, c’est la ville de Londres qui détient le record de 68,4 caméras par tranche de 1000 habitants, soit 5,9 millions de caméras dans les espaces publics en tout. Elle est suivie de Moscou et de Berlin (Source : Comparitech) ;
  • 80% des villes de taille moyenne française sont dotées de caméras de surveillance selon une enquête menée par Laurent Mucchielle. Il s’agit de 935.000 caméras sont 827.749 sont dans des lieux ouverts, 70.003 dans les voies publiques et environ 40.000 seulement sont à usage particulier ;
  • Le Ministère de l’Intérieur Français fait toutefois état de 270.000 cas de cambriolage avortés parce que les maisons étaient dotées d’un système de surveillance efficace pour les protéger.

Les causes de l’utilisation massive de la caméra

Derrière ce succès fulgurant et le « boom » qu’a connu la vidéosurveillance, se trouvent des motivations plus politiques que technologiques : en effet, les recherches avancées sur les dispositifs de surveillance à distance et le développement rapide du marché ont été particulièrement stimulés par les attaques terroristes subies par les puissances mondiales. On citera plus particulièrement l’attentat de l’IRA sur Londres en 1993 ou encore l’attentat du 11 Septembre 2001 aux Etats-Unis.

Ces attentats ont amorcé l’évolution rapide de la technologie, notamment l’IP. Associée à l’essor d’internet et au développement d’autres outils tels que les disques durs à grande capacité, la caméra de surveillance est devenue un incontournable de la sécurité. Il aura fallu attendre la baisse véritable des prix vers le début des années 2000 pour voir la caméra de surveillance s’installer progressivement dans les domiciles des particuliers.

Aujourd’hui, la définition officielle ne fait même plus état de vidéosurveillance mais de vidéoprotection.

La facilité d’utilisation d’une caméra de surveillance et ses divers usages

Le progrès technologique est l’une des principales causes ayant conduit à la démocratisation de la caméra de surveillance. S’il fallait auparavant recourir au service d’un professionnel pour installer sa caméra, ce n’est plus le cas désormais. La technologie « plug & play » a pris le relais : il suffit juste prendre l’appareil, de le brancher pour l’activer et voilà ! C’est terminé.

Le développement de la connexion sans fil a facilité l’utilisation d’une caméra de surveillance, parce qu’un scan des appareils à distance est suffisant pour connecter sa caméra à son ordinateur ou, cerise sur le gâteau, à son smartphone.

Bien que la caméra de surveillance demeure un atout majeur et indispensable dans le domaine militaire, elle est également devenue l’apanage des professionnels en tous genres : commerce de gros et de détails, banque, assurance mais aussi écoles, hôpitaux ou salle de spectacles et des particuliers : en plus de la sécurité des foyers, les caméras de surveillance sont également parfaites pour surveiller des enfants en bas âge ou des animaux de compagnie.

Un dispositif néanmoins controversé

Malgré ce développement qui se poursuit inexorablement, la caméra de surveillance a toujours eu ses détracteurs. Le « big brother » dénoncé dès 1949 trouve encore ses opposants, motivés par le respect de la vie privée et le refus catégorique de l’omniprésence d’une surveillance abusive qui n’a pas toujours les mêmes motivations et peut donner lieu à des dérives sous le couvert de la sécurité. La controverse a d’ailleurs eu une portée suffisamment large pour entrainer une révolution législative.

Désormais, toute vidéosurveillance dans des lieux dits « ouverts » est soumise à une autorisation préalable. La vidéosurveillance interne est pareillement encadrée par le principe qui stipule que « la limite de la liberté des uns s’arrête  lorsqu’elle empiète sur celle des autres ». La CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) peut, à cet effet, recevoir toute plainte sur le non-respect de la vie privée d’autrui.

Les perspectives d’évolution : la caméra de surveillance du futur

Même si la controverse est omniprésente, les faits sont là : la caméra de surveillance est bel et bien un outil indispensable pour assurer la sécurité dans le monde moderne. Voilà pourquoi elle va sûrement subir d’autres améliorations et évolutions technologiques. Que sera la caméra de surveillance du futur ? On peut déjà dire que l’intelligence artificielle sera encore plus présente, permettant d’analyser plus de données, encore plus vite et qu’elle se fera de plus en plus invisible tout en restant connectée avec plus d’appareils électroniques.

La caméra de surveillance du futur : invisible

Nous connaissons déjà les mini-caméras ou les caméras intégrées dans les objets de la vie quotidienne, qui passent complètement inaperçues. Les perspectives d’évolution de la caméra vont encore plus loin dans ce sens.

Il est d’abord question de caméra embarquée dans de plus en plus d’objets de la vie quotidienne, y compris ceux qui peuvent être constamment déplacés : les lunettes avec caméra intégrée, les motos, les sacs. Certains fournisseurs en proposent déjà d’ailleurs au grand public, mais à un prix qui reste encore assez élevé pour les produits les plus performants.

Il s’agit aussi de faire en sorte que la caméra de surveillance se fonde dans le paysage environnant. La société Aerovironment travaille, par exemple, sur un prototype de caméra de surveillance prenant la forme et l’apparence d’un colibri. La caméra sera non seulement apte à se déplacer mais elle passera surtout complètement inaperçue. La NASA, avec Carnegie Mellon qui travaille, lui, sur les snake-bots, des robots prenant la forme d’un petit serpent muni de caméra, pouvant se faufiler dans n’importe quel petit espace. Combien d’années faudra-t-il compter avant de voir de tels dispositifs à l’usage des particuliers ? L’histoire nous a montré qu’il fallait souvent moins d’une décennie pour passer à une « prochaine étape ».

Plus loin encore, certains scientifiques travaillent sur la possibilité de « contrôler » de vrais animaux et de les équiper par la suite de micro-caméras de surveillance. Cette opération est basée sur la technologie du « smart dust ». Une mouche, une abeille véritable transportera donc une micro-caméra connectée capable de communiquer avec un serveur et de transmettre des données. L’UC Berkeley est l’un des pionniers dans ce type de recherche.

La caméra du futur dotée d’une intelligence artificielle accrue

La majorité des caméras de surveillance actuelle sont munies de détecteurs de mouvements. Quelques-uns possèdent la technologie de reconnaissance faciale (des personnes qui sont déjà venus chez vous). La caméra du futur ira certainement plus loin.

Elle aura accès à plus de données, lesquelles sont servies sur un plateau par le big data. Certains prototypes sont d’ailleurs déjà opérationnels : une caméra qui reconnait un visage en se basant sur toutes les données « open source » d’internet et qui sort tous les détails accessibles à ce niveau, donnés notamment par les réseaux sociaux (situation familiale, emploi, …). D’autres, encore à usage gouvernemental pourront reconnaitre un suspect, l’identifier en utilisant jusqu’à ses références dans la sécurité sociale.

Elle sera aussi plus intelligente, notamment dans l’analyse comportementale. La caméra contemporaine sait déjà retenir un numéro de plaque d’immatriculation. La caméra de demain pourra repérer un individu en train de courir et l’analyser, tiendra compte de la façon dont une personne se déplace pour déterminer si elle est dangereuse ou non. Elle reconnaitra les attroupements de masse et sera peut-être capable d’isoler les comportements à penchant violent.

La caméra et les autres appareils de la maison

Enfin, on peut déjà présager que la communication entre une caméra de surveillance et les autres appareils connectés de la maison sera plus fluide. Le réseau wifi 5G y sera d’ailleurs pour beaucoup.

Mais nous parlons surtout des facultés de « réaction spontanée » des appareils, sans l’intervention de l’homme. Si aujourd’hui, c’est l’alarme ou l’arrosage qui se déclenche automatiquement lors de la détection d’un mouvement, dans les prochaines années ce sera peut-être un robot dissuasif qui fera le travail à votre place. La caméra repère, le robot approche et pose les questions nécessaires afin d’identifier les intentions d’un individu.

Pour faire court, la caméra de surveillance du futur sera certainement bien plus que juste vos yeux. Elle pourra avoir assez d’autonomie pour décider des actions nécessaires à entreprendre en fonction de la situation et des paramètres que vous aurez programmés.

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